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Église Catholique Mariavite

Sainte Mère Marie-Françoise Koz³owska

L'histoire du mouvement mariavite remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle. En 1887 Feliksa Koz³owska fonda un ordre religieux de femmes selon la Règle de sainte Claire, ordre qui plus tard fut appelé l'Ordre des Sœurs mariavites, mais au début ce n'était qu'une communauté religieuse catholique parmi bien d'autres. Feliksa était auparavant (1883) entrée dans un autre ordre catholique créé par un frère capucin, le bienheureux Honorat Ko¼miñski. Toutes ces organisations religieuses étaient illégales selon les lois de l'Empire russe. C'est dans cette partie de la Pologne, divisée entre les trois pays voisins, que la situation de l'Église catholique était la plus mauvaise. Après le Soulèvement de janvier 1863 les autorités tsaristes avaient interdit l'établissement d'organisations nationales polonaises, y compris dans le domaine religieux. Beaucoup de cloîtres avaient été dissous. Le clergé catholique en secteur russe n'avait pas une bonne instruction, contrairement aux prêtres des secteurs autrichien et prussien. La seule Université de théologie était à Saint-Pétersbourg. On critiquait souvent les prêtres pour leur conduite et on leur reprochait d'exploiter les paysans. C'est dans cette situation difficile qu'est apparu le mouvement mariavite.

En 1893 Feliksa Koz³owska, en religion sœur Maria Franciszka, reçut sa première révélation. On donne la date du 2 août 1893 comme celle de la fondation du nouveau mouvement religieux du « mariavitisme », qui devait par la suite devenir une Église séparée et indépendante. Le nom de « mariavite » vient des mots latins : Mariae vitam (imitans) - ([celui qui imite] la vie de Marie). Plusieurs visions de sœur Maria Franciszka entre 1893 et 1918 furent recueillies en 1922 dans le volume intitulé Dzie³o Wielkiego Mi³osierdzia - (L'Œuvre de la Grande Miséricorde), qui est la source religieuse la plus importante pour les mariavites à côté de la Bible. Dans sa révélation la fondatrice reçut l'ordre de se battre contre le déclin moral du monde, particulièrement contre les péchés du clergé. Sa première vision lui ordonna d'organiser un ordre des prêtres, les mariavites, qui chercherait à promouvoir le renouvellement de la vie spirituelle du clergé. Le but le plus important était d'étendre l'adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement et le culte de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Dans leur vie quotidienne ils revenaient à la tradition franciscaine d'une vie ascétique - jeûnes, modestie et simplicité dans les vêtements et dans la vie. Ils recommandaient aux fidèles la confession fréquente et la communion. Il faut souligner que ces prêtres constituaient l'élite du clergé polonais de ce temps-là - il s'agissait des jeunes prêtres qui avaient terminé leurs études de théologie à l'Université de théologie de Saint-Pétersbourg; ils étaient souvent des professeurs et chargés de cours dans les séminaires et occupaient des fonctions comme supérieurs de séminaire ou comme fonctionnaires de chancellerie épiscopale.

Pour sœur Maria Franciszka et les prêtres mariavites le mouvement qui venait de se créer devait être le moyen de créer une mission intérieure destinée à réformer l'Église. On ne se proposait pas de créer une Église différente. Les évêques polonais préféraient ignorer les activités des mariavites, surtout par crainte des autorités russes. Jusqu'à 1903 l'existence du mouvement n'a pas été officiellement reconnue par les autorités catholiques dans la Pologne divisée et occupée. C'est cette année là que les provinciaux de l'ordre des mariavites décidèrent de présenter les textes des révélations et l'histoire du mouvement aux évêques de trois diocèses concernés : P³ock (où sœur Maria Franciszka vivait), Varsovie et Lublin. Les deux derniers refusèrent d'accepter ces documents. Seul l'évêque de P³ock, craignant un développement rapide et anarchique du mouvement, les accepta et commença le processus canonique. Les chefs du mouvement furent interrogés et les documents envoyés au Saint-Siège. Un mois plus tard la délégation de mariavites se rendit à Rome pour convaincre le pape de reconnaître l'ordre. Ils durent attendre le conclave et l'élection d'un nouveau pontife. Pendant ce temps ils choisirent comme Minister Generalis (Ministre Général) de l'ordre, Jan Maria Micha³ Kowalski, qui était alors la personne la plus en vue dans le mouvement. Finalement, après deux semaines d'attente, ils présentèrent leur requête au Pape Pie X. En juin 1904 une deuxième délégation se rendit à Rome pour convaincre la Curie romaine de l'importance de leur mission. Le pape les bénit à nouveau et leur promit une suite favorable. La décision finale fut prise par la Congrégation du Saint-Office, devenue la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. La décision, prise en août, un mois après l'audience du pape fut annoncée en décembre 1904, et stupéfia la communauté mariavite : les révélations de Feliksa Koz³owska étaient écartées comme de simples « hallucinations ». Le mouvement était dissout et tout contact était interdit entre les prêtres et la fondatrice. Tous les historiens actuels reconnaissent que c'est la hiérarchie polonaise à son sommet qui a joué le rôle le plus important pour aboutir à une telle décision, car elle était très hostile au mouvement mariavite. L'évêque de P³ock s'était rendu à Rome peu avant la décision du Saint Office. Après cette annonce deux autres délégations mariavites furent envoyées au Vatican. La première, avec le prêtre mariavite Skolimowski, demanda au pape de permettre aux mariavites de se réunir une fois par mois pour leurs exercices spirituels. La deuxième délégation qui représentait le « peuple mariavite », (c'est-à-dire les paysans des paroisses où les prêtres étaient mariavites) fit l’éloge du clergé mariavite en se plaignant du clergé ordinaire qui se souciait si peu des pauvres. Avec le temps l'attitude des mariavites changea. Au lieu d'obéir aux recommandations du Saint-Siège ils se rebellèrent contre elles. Feliksa se résigna à couper tout contact avec les autres religieuses et les prêtres et elle se plia à toutes les décisions des évêques et du pape. Mais la patience des mariavites était à bout. Ils ne pouvaient pas cacher qu'ils avaient perdu toute confiance après tant de promesses qui n'avaient abouti à rien. Ils reprochaient à juste titre aux évêques polonais l'échec de leurs démarches au Vatican et comprenaient qu'ils ne pouvaient rien pour réformer la structure de l'Église. En février 1906 ils informèrent le Saint-Siège qu'ils se séparaient de leurs évêques, parce qu'ils s'estimaient persécutés par eux. Réprimandés par le pape qui les reçut ils promirent de se soumettre, mais de fait leur situation resta imprécise pendant longtemps. D'une part ils gardaient l'espoir que leur cause finirait par aboutir à Rome ; d'autre part les autorités catholiques du pays commençaient à mettre en œuvre la décision du Saint-Office. Comme le conflit avec les évêques s'aggravait, les prêtres mariavites décidèrent de se séparer de la structure religieuse en Pologne, mais ils espéraient toujours une décision de Vatican constatant que les évêques en Pologne avaient eu tort de soutenir les prêtres corrompus. Pour la première fois l'évêque de P³ock les appela hérétiques, quoique le Vatican n'eût pas encore prononcé une telle condamnation. Ce fut le commencement d'un grand nombre d'actions contre les mariavites avec des moqueries contre eux et leur fondatrice Koz³owska, sans parler de violences plus grandes. Un grand nombre de leurs prêtres furent suspendus. Néanmoins nombre de partisans décidèrent de les soutenir, se séparant ainsi de la structure catholique. Les mariavites s'arrangeaient d'ailleurs pour renouer des contacts fréquents entre eux. Dans leur dernière lettre à l'archevêque de Varsovie, en mars 1906, les mariavites demandèrent l'annulation de toutes les décisions qui avaient été prises contre eux. Mais la réponse finale de Rome fut « Non ». En avril 1906, le pape Pie X prépara l'encyclique Tribus circiter (il y a environ trois ans) où il approuvait la décision du Saint-Office. Il critiquait sévèrement Feliksa Koz³owska et l'attitude des prêtres envers elle, voyant qu'ils la traitaient comme une sainte et presque à l'égal de Notre-Dame. Cette position du Saint-Siège fut une nouvelle déception pour les mariavites. Cette fois-ci ils décidèrent de persister dans leur avis et ne pas obéir au pape. En décembre 1906 Feliksa Maria Franciszka Koz³owska et Jan Maria Michel Kowalski furent excommuniés. Tous leurs disciples, prêtres et fidèles, furent condamnés et ne furent plus considérés comme des membres de l'Église romaine. Dans toute l'histoire de l'Église Koz³owska était la première femme à avoir été personnellement excommuniée par le Vatican (par opposition aux femmes qui auparavant ne l'avaient été que pour leur adhésion à des groupes déclarés hérétiques).

Le mouvement fut légalisé par les autorités russes en tant que « secte tolérée » en novembre 1906, alors que le conflit avec la hiérarchie catholique était à son comble. Six ans plus tard elle a été officiellement reconnue comme une Église particulière et indépendante. En 1906 on comptait de 50 à 60 mille mariavites regroupés en 16 paroisses. Cinq ans plus tard des sources historiques font état de 160 mille partisans. Cela montre la grande popularité à l'époque d'un mouvement qui n'avait aucun précédent dans l'histoire de l'Église catholique en Pologne. Cette conversion massive était aussi le résultat paradoxal de la politique des évêques qui, par mesure disciplinaire, avaient exilé beaucoup de mariavites comme curés de campagne, leur permettant ainsi de se créer beaucoup de partisans, ce qu'ils n'auraient pu faire s'ils étaient demeurés professeurs ou directeurs de séminaires, ou fonctionnaires à l'évêché, restant ainsi dans les centres urbains. C'est la raison pour laquelle l'Église mariavite a pu tellement se répandre dans une grande partie de la Pologne et possède de nombreux centres, créant des îles mariavites au sein d'une mer catholique. L'organisation de l'Église mariavite donne à chaque membre le droit de parler des problèmes de la communauté comme dans les communautés protestants. Les mariavites ne s'occupèrent pas seulement de questions religieuses, mais ils étendirent leurs activités à la culture, à l'éducation et aux œuvres sociales. Ils eurent bientôt leurs propres écoles, leurs jardins d'enfants, leurs bibliothèques, leurs magasins, leurs maisons d'édition, leurs restaurants et leurs asiles pour les pauvres, leurs orphelinats et leurs ateliers. Très rapidement ils construisirent un grand nombre de nouveaux lieux de culte, ce qui accrut les soupçons et l'hostilité de l'Église romaine. En 1911 ils achevèrent leur église principale à P³ock, qu'ils appelèrent le Sanctuaire de la Pitié et la Charité. Ils achetèrent aussi 5 km² de terrain près de P³ock qu'ils appelèrent Felicjanów d'après le nom de Koz³owska. Une autre chose qui les rapprocha de la tradition protestante fut le choix de la langue locale comme langue liturgique, ici le polonais depuis 1906. Séparés de l'Église catholique, ils souhaitèrent se réintégrer dans la succession apostolique et avoir leur propre évêque légitime. Ils entrèrent en contact avec l'Église vieille-catholique d'Utrecht par l'entremise du général Kireev. En 1909 le premier évêque mariavite reçut à Utrecht la consécration épiscopale. En 1919 ils adoptèrent officiellement le nom d'Église vieille-catholique des mariavites. La mort de Feliksa Koz³owska en 1921 marqua la fin de la première époque du mouvement mariavite, quand le mouvement de réforme intérieur s'est transformé, involontairement au début, en création d'une Église nouvelle. Cette période fut pour les mariavites celle de leur plus grand succès, où ils développèrent pour leurs fidèles beaucoup d'activités. Cependant, graduellement le nombre des adhérents diminua et en 1921 il ne restait plus officiellement que 43 000 mariavites. Néanmoins, si l'on considère le nombre d'établissements qu'ils ont créés, les bâtiments qu'ils ont construits et les revues et les livres qu'ils ont publiés, c'est tout de même impressionnant.

Après la mort de sa fondatrice l'Évêque Kowalski (plus tard il prit le titre d'archevêque) devint le chef de l'Église mariavite. Il était l'associé le plus proche de Koz³owska, qui jusqu'à sa mort exerça sur lui une forte influence. Le respect envers « Mateczka » passa à Kowalski et très rapidement il devint la seule et unique autorité sur les mariavites. Il introduisit dans son Église un grand nombre de changements, qui tendaient à la faire différer du catholicisme romain. Ses innovations relevaient – dans un sens très large – du modernisme théologique et dogmatique, mais elles suscitèrent de vives controverses, non seulement de la part des catholiques, mais chez les mariavites eux-mêmes. L'introduction des mariages entre prêtres et religieuses (1924) et le sacerdoce de femmes (1929) furent les points les plus discutés. Ces changements allèrent jusqu'à perturber les relations avec les Vieux-Catholiques. Dans les années 1920 et les années 1930 Kowalski chercha à établir un dialogue œcuménique avec d'autres Églises. Il proposa d'abord une union avec l'Église catholique polonaise nationale, ensuite il voulut approfondir les contacts avec l'Église orthodoxe et d'autres Églises de Tradition orientale. Au début des années 1930 il envoya même aux évêques catholiques des lettres où il proposait une réconciliation. Aucune de ces tentatives n'aboutit.

Avec ses partisans l'archevêque Kowalski se retira de P³ock à Felicjanów, village qui devient le quartier général de l'Église catholique des mariavites laquelle compte peut-être dans les 3 000 fidèles.L'archevêque Kowalski confirme toutes les décisions et introduit le culte public de Feliksa Koz³owska, la Mateczka, l'épouse du Christ et la nouvelle Rédemptrice du monde. Cette doctrine est fort éloignée du catholicisme romain qui était la religion de la fondatrice et c'est un repli sur soi qui isole ces mariavites du mouvement oecuménique. L'archevêque Kowalski mourut à Dachau pendant la Seconde Guerre mondiale. Son successeur fut son épouse, la femme-évêque Izabela Wi³ucka. Après 1946 le chef de cette Église a été l'évêque Józef Maria Rafael Wojciechowski, qui est mort en avril 2005 et auquel a succédé une femme-évêque Beatrycze Szulgowicz. L'opposition menée par l'évêque Feldman a réuni la majorité des mariavites. Ils ont décidé d'abandonner la plupart des innovations de Kowalski et de revenir aux idées et aux règles qui existaient à l'origine et jusqu'à la mort de Koz³owska. Cette branche de l'Église mariavite est la plus importante et elle compte environ 25 000 adeptes en Pologne et 5 000 en France (surtout à Paris) ; contrairement à l'Église catholique soumise à Rome, le clergé est encore jeune et les deux tiers des prêtres ont entre 25 et 45 ans [2]. L'Église vieille-catholique des mariavites s'est montrée très active dans le mouvement oecuménique de l'après-guerre. Avec d'autres Églises elle a créé le Conseil Œcuménique Polonais et renoué des contacts avec d'autres Églises vieilles-catholiques.

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